SONDAGE. 2e tour : le vote des Français décrypté

SONDAGE. 2e tour : le vote des Français décrypté

Les résultats du 2e tour sur un grand écran au Stade Vélodrome de Marseille le 7 mai 2017.

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BVA - Orange, publié le dimanche 07 mai 2017 à 22h25

Quelles raisons ont poussé les électeurs à se rendre aux urnes - ou à s'abstenir, puisque, pour la première fois depuis 1969, la participation est plus basse au second tour qu'au premier - ? L'analyse BVA-Salesforce pour Orange et la presse régionale* après l'élection d'Emmanuel Macron.



► Une abstention en hausse par rapport au 1er tour : pourquoi ?

D'après les premières estimations, le taux de participation (74,40%) est inférieur de plus de 3 points à celui mesuré lors du 1er tour le 23 avril dernier (77,77%).

Il est également inférieur au taux de participation enregistré à l'occasion du 2e tour de la précédente élection présidentielle, en 2012 (80,35%). C'est la première fois depuis 1969 que la participation ne progresse pas entre les deux tours. Il n'y aura donc pas eu de sursaut de mobilisation, même timide, entre le 1er et le 2e tour. Ce qui signifie que le levier du front républicain, qui avait pourtant encore bien fonctionné à l'occasion des élections régionales de 2015, est un peu grippé. En 2002, la présence de Jean-Marie Le Pen au 2e tour avait entraîné une hausse de 8 points de la participation entre les deux tours.

► Sociologie des électorats : deux France ?

Emmanuel Macron réalise ses meilleurs scores chez les Français âgés de 65 ans et plus (80%), qui avaient surtout voté pour François Fillon au 1er tour, chez les 50-64 ans (67%) et, dans une moindre mesure, chez les 18-24 ans (63%). Rappelons qu'au 1er tour, Emmanuel Macron était arrivé en 2e position chez les 18-24 ans, derrière Jean-Luc Mélenchon (27%) et à égalité avec Marine Le Pen. Il semble donc avoir capté une part importante des voix des "jeunes insoumis".
Le candidat d'En Marche ! arrive nettement en tête chez les CSP+ (76%), en particulier les cadres (79%), ainsi que chez les professions intermédiaires (69%) et les retraités (78%). Il réalise un score très élevé chez les hauts revenus (80%).

À l'inverse, Marine Le Pen réalise ses meilleurs scores chez les 25-34 ans (45%) et les 35-49 ans (42%), en d'autres termes chez les actifs. Elle est nettement majoritaire chez les ouvriers (59%) et réalise un score important (47%) chez les plus bas revenus. Le vote en faveur d'Emmanuel Macron est très majoritaire chez ceux qui considèrent faire partie des classes privilégiées (76%), aisées (75%) et surtout des classes moyennes supérieures (79%), tandis que le vote en faveur de Marine Le Pen est clairement majoritaire chez les Français qui se considèrent "défavorisés" (59%). Les résultats sont plus serrés chez ceux qui pensent faire partie des "classes populaires" (Emmanuel Macron 51% ; Marine Le Pen 49%).

D'un point de vue géographique, les résultats sont assez différenciés également : si Emmanuel Macron arrive nettement en tête au sein de l'agglomération parisienne (78%) et dans les villes de 20.000 à 100.000 habitants (69%), les résultats sont un peu plus nuancés dans les communes de taille intermédiaire (61%) et les communes rurales (57%).

► Comment ont voté les électeurs du 1er tour ?

Parmi les 67% d'électeurs de Jean-Luc Mélenchon ayant choisi de se rendre aux urnes et ayant exprimé un vote, 82% l'ont fait en faveur d'Emmanuel Macron (18% en faveur de Marine Le Pen), tout comme 96% des électeurs de Benoit Hamon. Les électeurs de François Fillon, qui sont 74% à avoir participé, ont voté pour Emmanuel Macron à 73%, contre 27% pour Marine Le Pen. En dépit ou à cause du ralliement officiel de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen dans l'entre-deux-tours, les électeurs du candidat de Debout la France se sont montrés assez partagés : 21% se sont abstenus et parmi les votants, 44% ont voté pour Emmanuel Macron et 56% pour Marine Le Pen.

► Emmanuel Macron, un président loin d'être choisi par conviction

L'incertitude était beaucoup moins forte que pour le 1er tour. Pour preuve, moins de 10% des électeurs se sont décidés dans les dernières 24 heures ou au dernier moment (ils étaient 22% au 1er tour). 64% des électeurs ayant exprimé un vote aujourd'hui déclarent avoir fait leur choix dès l'annonce des résultats, contre 14% dans les jours qui ont suivi et 13% il y a quelques jours. 31% des électeurs d'Emmanuel Macron déclarent avoir hésité entre voter pour lui et s'abstenir ou voter blanc ou nul, premier signe d'un vote qui ne repose pas entièrement sur l'adhésion.

À l'inverse, 31% des électeurs de Marine Le Pen ont voté pour elle par adhésion à son projet. Il est également intéressant de noter que 35% l'ont choisie pour faire barrage à Emmanuel Macron.

► L'Europe au cœur de ce second tour

Les sujets qui ont le plus compté dans le choix de vote des Français pour ce second tour sont l'Europe, thème cité par un tiers des électeurs (34%), l'emploi (30%), l'immigration (27%) et la lutte contre le terrorisme (26%). Si le quatuor de tête demeure le même qu'au premier tour de l'élection présidentielle, il est intéressant de noter la première place obtenue par la question de l'Europe, qui était "seulement" en 3e position au soir du 23 avril.

Le second tour voyait l'affrontement de deux visions de l'Europe : il n'est pas étonnant que ce sujet, qui a occupé également une grande place à l'occasion du débat d'entre-deux-tours mercredi soir, se retrouve en tête des sujets ayant impacté le vote des Français aujourd'hui.

Les enjeux diffèrent néanmoins selon les électorats : si l'Europe est citée en premier par les électeurs d'Emmanuel Macron, devant l'emploi et l'éducation, les électeurs de Marine Le Pen continuent de prêter plus d'attention au triptyque immigration, lutte contre le terrorisme et sécurité, comme au premier tour.

► L'état d'esprit des Français

Notons que, comme le 23 avril, c'est sans grand enthousiasme que sont allés voter (ou non) les Français aujourd'hui : 43% déclarent que le qualificatif qui décrivait le mieux leur état d'esprit à l'égard de l'élection aujourd'hui est "dégoûté", 41% "pessimiste" et 38% "résigné".

La responsabilité du nouveau président de la République s'annonce donc très lourde et ses premières décisions politiques seront symboliquement cruciales : il s'agit de redonner confiance à un pays tout entier.

► Quelles perspectives pour demain ?

Première de ces décisions : le choix du Premier ministre. Si Emmanuel Macron n'a pas rendu son choix public pour le moment, il en a dressé un portrait-robot qui nous a permis de tester une liste de 14 personnalités susceptibles de répondre aux critères mentionnés. Parmi les personnalités testées, beaucoup sont en réalité très peu connues et, pour cette raison, recueillent l'assentiment d'une très petite minorité de Français. C'est le cas de Thierry Breton, Pascal Lamy, Jean-Paul Delevoye, Richard Ferrand, Anne-Marie Idrac ou encore de Sylvie Goulard. Parmi les autres personnalités testées, aucune ne suscite un enthousiasme débordant. C'est Christine Lagarde qui se place en tête du classement de la perception des potentiels Premiers ministres : 33% des Français estiment qu'elle ferait un bon Premier ministre, contre 56% qui pensent le contraire. Elle devance Jean-Louis Borloo (31% d'opinions favorables, contre 56% d'opinions défavorables) ou encore François Bayrou qui est encore plus clivant (28% d'opinions favorables contre 64% d'opinions défavorables).

Les Français sont très favorables à ce qu'Emmanuel Macron nomme dans son gouvernement des ministres issus de la société civile (73%). 47% souhaitent par ailleurs qu'il y ait des ministres issus des Républicains, 41% du MoDem et 41% également du PS et de ses alliés.

En tout état de cause, les législatives à venir s'annoncent complexes. On risque de retrouver les "quatre France" qui cohabitaient au soir du 23 avril : si 25% des électeurs souhaitent la victoire des listes "En marche" (sans cohabitation), 22% souhaitent la victoire des listes du Front national (dans le cadre d'une cohabitation), 21% des listes Les Républicains et 20% des listes de la France insoumise, tandis que 10% souhaitent une victoire des listes PS et de ses alliés.


* Enquête BVA-Salesforce pour la presse régionale et Orange réalisée par Internet le 7 mai 2017. Échantillon de 2.877 personnes inscrites sur les listes électorales, issues d'un échantillon représentatif de 3.002 Français âgés de 18 ans et plus. La représentativité de l'échantillon a été assurée par la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, profession de la personne de référence du ménage et de l'individu, région et catégorie d'agglomération.

 
62 commentaires - SONDAGE. 2e tour : le vote des Français décrypté
  • la chose est claire ,premier parti de France le F N ,qui malgré les alliances et les ralliements a Macron ,se renforce ,+de 10 millions de voix , au second tour ;les législatives vont dire ,si oui ou non ,il va progresser ou se réduire ,et nous saurons ,enfin ,quel est le poids plus que réel du rentrant ,en voix et non en pourcentage ,car +++ de 16 millions d'inscrits ont rejeter par bulletins blancs ,nuls ,abstentions un système comme un autre !

    et ce malgré la propagande des mass médias

  • Les choses sont claires. C'est un président minoritaire dès son élection pour la premier fois en France. Il ne doit pas avoir la majorité à l'Assemblée pour que le peuple soit représenté.

    christo48  (privé) -

    Avec un tel avis, que cherchez-vous que votre pays soit ingouvernable et qu'il régresse encore plus, ce n'est pas très patriote.

  • des choses que je ne vois pas comme cela : L'abstention certes est là, pour une raison que certaines personnes ne voulaient pas voter pour l'un ou l'autre et surtout pas par défaut comme pour Hollande (retifié dans la suite article 31% disant avoir hésité de voter Macron ou blanc/abstention). Car il semble bien que le PS a tout fait pour orienté le vote pour que la droite soit battue au premier tour.
    Pour le coté rural, cela est loin de la réalité, car Paris, sur les dernières élections, a souvent voté à contre courant (socialiste alors que la province a voté plus à droite). Ceci est peut être aussi la preuve que les gens vivants en dehors des agglomérations sont plus proche de la réalité de la vie et moins influençable, plus proche aussi de leurs députés. Pour le deuxième tour ce qui a joué je pense c'est la sortie de l'UE de Marine Le Pen qui a fait peur aux électeurs, car je pense que bon nombre auraient fini par voter pour elle pour éviter un retour des socialistes. Pour les législatives cela semble plus complexe que ce que disent les journalistes, car pour certains il semble qu'il seront reconduit mais il reste tout ceux qui ont pris position en faveur de Macron et là on ne sait pas comment ils vont voter. Il semble que certains voteront pas pour leur parti de prédilection (à cause de cette proximité et copinage avec "en marche"). Pour cela Mélanchon semble avoir bien misé car il a laissé les électeurs choisir, donc il ne sait pas mouillé tout en respectant les électeurs en laissant leur libre choix ! Il faut reconnaitre que le FN est là grâce en premier chef à Mitterrand (c'est historique il les a hissé de 5% à 12%) puis Hollande les a propulsé à 22%; ce qui est remarquable c'est que bon nombre de Français suivent encore ces gens (PS) qui s'indignent de la présence du FN alors qu'ils sont les promoteurs de leur ascension ! Donc le vote est trouble et imprévisible ?

    Je partage votre point de vue. Personnellement, je vais voter LR au premier et deuxième tour. Je ne serai pas responsable d'une nouvelle politique socialiste qui va encore enfoncer la France. Lorsque je vois la politique de droite enclenchée par la droite et poursuivie par la gauche au Portugal, politique qui a réussie, je pense que nous devrions suivre cet exemple. Mais il faudrait 4 points de TVA en plus dès maintenant.

  • aux vues des "sondages" et des réalités macroniennes on est MDR !

  • Pour battre le F.N ,la majorité des citoyens est préte à mettre la France en dessous de tout !

    le système continu ,nouveau ou renouveau ,et marchandages et magouilles se sont effrénés

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